État de manque ? Une constatation bien réelle. Un vide sidérale s’installe sournoisement dans toutes mes cellules et dans les ultimes neurones qu’il me restent ! Celles qui ont survécu à 40 ans d’altitude, d’efforts saisonniers emmenés par une ferveur brûlante. Amère révélation ou ardente confirmation ? Ma passion est intacte même si elle est malmenée par un été à l’arrêt.
Avais-je besoin de passer par la case “prison” pour remettre à sa place, redisposer dans mon cortex et redimensionner la valeur de ma passion de gamin ? Je crois que OUI. Passer du monde hyperactif que l’on se plaît à nous donner, au mode hyper-inactif que je m’affuble depuis deux mois, aura largement participé à cette remise en question.
Ce matin, non, je me dois d’être honnête ; toute cette p****n de nuit du 24 juillet 2026 ou j’ai pas dormis une seule seconde, j’ai mes dernières neurones de plaine, qui cavalaient à 2000 réflexions seconde. Pour en arriver à quelle conclusion ?
Mon job, ma passion, mes cordées, mes clients, les marches à la frontale, les doutes sur le bon itinéraire, les cordées lentes qu’il faudra doubler, les repas infâmes dans certain refuge, les autres refuges ou l’on mange à merveille. Les regards des amis de cordées, les projets à remettre, la météo qui nous casse les couilles, les découvertes de nouvelles courses, la débattue au levé du jour, le ciel orange, le vent, la soif, l’odeur de la crème solaire, les gardiens ou gardiennes de refuge qui sont des amis, les après-midi à manger une tarte et boire un verre, les couchers de soleil incroyables, les bruits des mousquetons et des friends, l’odeur du rocher, l’ardeur de nos journées et simplement l’effort ! Tout cela et bien plus, me MANQUE !
Un état de manque réel, qui pourrait vraiment se transformer en piège “mortel”. Alors je m’accroche aux projets futurs, aux images rapportées par mes amis, les belles courses qu’ils font, celles que je connais et celle que je ne ferai certainement jamais. Je me surprends à accepter de vivre par procuration ! Je pense sincèrement que je supporte cette situation car l’objectif est d’être à nouveau sur patte dans quelques mois.
J’accepte que 35 ans de métier et 10 de plus comme amateur entraine des usures… Hanches, épaules, coudes, genoux, la mécanique grince un peu. J’ai besoin de me retourner sur le chemin parcouru pour “tolérer” mon état ! Dieu que nous sommes cons dans ce job. Nous croire inusable, inarrêtable j’en passe et des plus qualificatifs !
Comme moi et beaucoup d’autres guides, un matin tu te réveille et la machine dit : Stop ! Maintenant c’est moi, ton corps entier qui décide ! Tu vas poser tes crampons, remiser ton baudard, lire autre chose que tes topos, réapprendre à rêver et imaginer des objectifs !
Il ma fallu quelques longues nuits sans sommeil ces derniers temps, pour apprendre à comprendre que ces 45 ans verticaux, à la recherche d’oxygène, de liberté et de partages intenses, mon construit une vie exceptionnelle. Logique vous me direz et vous avez raison ! N’empêche que l’acceptation de l’intensité du passé aide foncièrement à endurer le présent ! Et cela n’est pas inné. Pas chez moi en tous cas !
Jamais je regretterai cette passion.
Vivement que ma prothèse soit posée afin de voir si elle tiendra les 30 prochaines années passionnantes.