Visible depuis toute la vallée de Chamonix, le Grand Dru est l’une des montagnes les plus emblématiques du massif du Mont-Blanc. Voici un récit-topo de cette voie historique dans sa mythique face sud

Grimpeur dans la traversée avant la longueur finale de la voie Contamine aux Drus, en pleine ascension alpine
Magnifique vue sur le massif du Mont-Blanc tout au long de l’ascension

La face sud des Drus abrite une magnifique ligne logique et historique : La voie Contamine. Ouverte en 1952 par le guide André Contamine et son client Michel Bastien. Cet itinéraire de près de 700m suit les faiblesses du pilier sud nous offrant une escalade variée sur un granit exceptionnel.

Jour 1 : Du Montenvers au refuge de la Charpoua

Cette première journée nous emmène au train du Montenvers et grâce au nouveau télécabine, nous rejoignons facilement la Mer de Glace. D’année en année, je suis attristé de constater le recul du glacier, qui oblige l’être humain à aménager les lieux de différentes manières pour que l’on puisse continuer à profiter de cet endroit si magnifique.

À la sortie du télécabine, nous enjambons la barrière pour emprunter un sentier marqué en rive gauche de la Mer de Glace. Celui-ci nous conduit au centre du glacier, que nous remontons jusqu’à l’altitude de 2060 m. De là, une diagonale vers la gauche permet d’apercevoir les 300 mètres d’échelles qui remontent ces immenses parois polies par le retrait du glacier.

Après cette section, nous bifurquons à gauche en direction du refuge. Le chemin de droite mène quant à lui au refuge du Couvercle. Un joli sentier en balcon au-dessus de la Mer de Glace offre une vue splendide sur les sommets du massif du Mont‑Blanc. Encore quelques échelles, et après environ quatre heures de marche, nous atteignons ce petit coin de paradis : la Charpoua.

Refuge de la Charpoua dans le massif du Mont‑Blanc, perché au-dessus du glacier avec vue sur les Drus
Le refuge de la Charpoua, suspendu face aux Drus, dans l’un des secteurs les plus sauvages du massif du Mont‑Blanc.

Un grand merci à Lucie, la gardienne du refuge pour son accueil et sa gentillesse !

Nous profitons encore de cette belle après-midi pour aller repérer l’accès. En ce début du mois de juillet, l’accès par le bas du glacier passe encore très bien ce qui est étonnant avec la chaleur de ces derniers temps. Rien de compliqué pour l’approche si ce n’est qu’un petit passage exposé sous quelques seracs, nous ne comptions pas camper là de toute façon….

Vous trouverez sur la photo ci-dessous l’itinéraire emprunté pour l’approche de la voie Contamine.

Refuge de la Charpoua dans le massif du Mont‑Blanc, perché au-dessus du glacier avec vue sur les Drus
En pointillé, l’itinéraire pour l’accès à la voie Contamine après le glacier

Jour 2 : Nous avons déjà une petite idée de la longue journée qui nous attends

C’est à 4 h 30 que nous partons du refuge après quelques tartines et un café.

Nous traversons le glacier sans difficulté : avec un bon repérage la veille, tout est plus simple de nuit.

Nous laissons les crampons et les piolets juste après le glacier car ils ne seront pas nécessaires pour l’ascension. À 5 h 30, nous sommes au départ de la voie qui est marquée par un vieux chausson posé sur une petite terrasse.

Le jour se lève, parfait : on peut ranger les frontales et commencer à grimper. Les deux premières longueurs sont soutenues, avec deux fissures parallèles arrondies. Coincements, détermination et un zeste d’engagement nous permettent de sortir de ces premières difficultés. Pas facile à froid. Chapeau M. Contamine. La suite consiste à gravir le bord gauche du couloir dans des cheminées et des dièdres très agréables à grimper. L’itinéraire est logique jusqu’à rejoindre le fil d’une arête évidente.

En continuant un peu sur le fil, on trouve un rappel d’une dizaine de mètres versant ouest qui permet de descendre au fond d’un couloir. Plusieurs possibilités existent pour rejoindre ce couloir, et tout est assez évident. L’attaque de la seconde partie se fait juste au-dessus d’un énorme bloc caractéristique qui obstrue le couloir.

Nous poursuivons notre ascension en diagonale à gauche puis en diagonale à droite en visant la fenêtre du Trident.

L’escalade n’y est jamais très difficile, mais elle demande de la concentration.

Grimpeur dans la voie Contamine aux Drus, à la fenêtre du Trident, en pleine ascension alpine
Le passage mythique de la fenêtre du Trident

Nous rejoignons la fenêtre, cette fois avec le soleil. Toute cette première partie se fait à l’ombre alors mieux vaut se méfier lorsque les températures sont fraîches. Ce n’était pas notre cas aujourd’hui.

La suite de l’itinéraire alterne entre passages d’escalade et zones plus plates. Tu trouveras ci‑dessous une photo avec le tracé de l’itinéraire suivi. Une grande attention est nécessaire dans ces zones de transition, le caillou y est de moins bonne qualité et nous avons choisi de garder les chaussons. Vigilance.

Je vous recommande d’avoir pas mal de dégaines à rallonge pour cette section ainsi que des sangles : J’ai trouvé la gestion du tirage vraiment délicate dans cette grande traversée.

Nous passons à côté du gros toit caractéristique avant de rejoindre la dernière longueur difficile de l’itinéraire qui est absolument magnifique à grimper.

S’ensuivent encore une centaine de mètres d’escalade facile (3), et nous atteignons la plateforme où se trouvent les rappels du Grand Dru. Cool, on enlève les chaussons et on rejoint le sommet en chaussures de montagne en corde courte. Il est 13 h 30.

Itinéraire en pointillé de la dernière partie de la voie Contamine aux Drus après la fenêtre du Trident
Tracé en pointillé de l’itinéraire final de la voie Contamine aux Drus, juste après la fenêtre du Trident

Grimpeur au sommet du Grand Dru dans le massif du Mont‑Blanc, après une ascension alpine engagée
Nous sommes heureux au sommet du Grand Dru

Il est temps pour nous d’attaquer cette longue descente. Nous revenons en sens inverse sur l’arête pour retrouver le départ de la grande série de rappels de la face sud : dix‑sept au total. Vous m’excuserez de ne pas vous les décrire un par un. Par ailleurs un excellent schéma est disponible sur internet. Merci aux rééquipeurs pour ce travail titanesque qui a été réalisé.

Notre cordée a eu de la chance : nous n’avons pas coincé les cordes. À savoir que cela arrive à une cordée sur trois. Nous retrouvons nos piolets et nos crampons puis nous rejoignons à nouveau la Charpoua à 16 h 30.

Grimpeur dans les rappels de la face sud du Grand Dru, en descente alpine technique
Dans les rappels de la face sud des Drus.

Nous quittons la Charpoua à 17 h et nous décidons de passer plus directement par le passage des guides sous les Flammes de Pierre. Personnellement, je déconseille ce passage équipé de cordes fixes : après une longue journée, ce n’est vraiment pas agréable à désescalader. La prochaine fois, on reprendra l’itinéraire identique à celui de la montée.

Nous rejoignons le train du Montenvers qui, bien évidemment, est fermé à cette heure-là. Il ne reste plus qu’à descendre les échelles de la Mer de Glace pour poursuivre la longue descente jusqu’au parking de Chamonix où nous retrouvons notre voiture à 22 h.

Encore un immense merci à toi, Élodie, pour ta motivation et ton énergie durant ces deux magnifiques journées.