Souvenez‐vous de ce nom : Dedegöl. Ce lieu deviendra certainement un spot de renommée mondiale pour l’escalade calcaire dans les années à venir. Nous y avons passé une semaine entre collègues. Et ce fut évidemment magique ! Bah ouais.

Escalade de longues voies dans le massif de Dedegöl en Turquie Yann Nussbaumer HelyumArrivés au camp de base, tout le monde déchiffre ces fabu­leuses faces de 500m de haut sur les­quelles nous irons grim­per ces jours. À droite, Alex. À gauche, Taffon, le nou­veau venu chez Helyum!

Afin de main­te­nir à jour notre auto­ri­sa­tion d’exercer de guides de mon­tagne, nous devons régu­liè­re­ment suivre des cours de for­ma­tion conti­nue. Ces der­niers sont orga­ni­sés et dis­pen­sés par des col­lègues dans un domaine qu’ils maî­trisent par­ti­cu­liè­re­ment. C’est aus­si une jolie occa­sion de pas­ser du temps ensemble, à échan­ger sur notre métier que nous exer­çons prin­ci­pa­le­ment seuls. Cette année, Adrien Godat et Michel Piola ont pro­po­sé un séjour en Turquie dans la fabu­leux mas­sif des Dedegöl. La thé­ma­tique de la for­ma­tion était l’ouverture et l’équipement sur scel­le­ment. Michel Piola n’a plus de nom à se faire dans le monde de l’escalade. Prolifique depuis des décen­nies, c’est la réfé­rence en matière de tra­vail bien fait : ses voies sont tou­jours belles et équi­pées intel­li­gem­ment.

Découvert il y a une quin­zaine d’années par Öztürk Kayikci, la figure du monde grim­pant turc, le mas­sif a tout d’abord vu, en 2002, des ouvreurs anglais par­cou­rir ses flancs. Puis, dès 2003, des cor­dées franco‐turco‐suisses ont conti­nué d’ouvrir de nou­velles voies. Michel Piola en a fait son fief et il y a ouvert des voies excep­tion­nelles.

Jusqu’ici la dis­cré­tion était de mise au sujet de ces mon­tagnes : l’idée était à la fois de lais­ser le temps aux locaux d’adapter leur offre d’accueil aux grim­peurs et éga­le­ment de mini­mi­ser la pro­ba­bi­li­té de fer­me­ture du site par les auto­ri­tés, poten­tiel­le­ment effrayées par une arri­vée mas­sive de grim­peurs de tous bords. Mais un récent pro­jet de mines de marbre au pied de face a chan­gé tota­le­ment le para­digme. Désormais, il s’agit de faire connaître ce lieu et sur­tout de mon­trer aux auto­ri­tés et à la presse locale qu’il recèle d’un réel poten­tiel tou­ris­tique afin de blo­quer ce pro­ject dévas­ta­teur. Notre venue aux Dedegöl n’est donc pas for­tuite : onze guides qui viennent une semaine équi­per et grim­per ici est un signe clair que le site a de l’intérêt.

Escalade de longues voies dans le massif de Dedegöl en Turquie Yann Nussbaumer HelyumAlex, dans la deuxième lon­gueur du « Grand vent de l’Anatolie » (6c)

Avec Alex, nous avions envie de par­cou­rir ensemble quelques voies qui nous avaient tapé dans l’oeil sur les cro­quis de Michel. Nous avons eu la chance et l’honneur de faire cer­tai­ne­ment la pre­mière répé­ti­tion de « Le grand vent de l’Anatolie » ( 550m, 7a max.), ouverte par nos deux orga­ni­sa­teurs (Adrien et Michel) il y a deux ans. Malgré un rocher d’une excep­tion­nelle pure­té, il leur a fal­lu pas moins de douze jours pour ache­ver ce fabu­leux pro­jet ! Entre l’ouverture du bas, l’équipement sur scel­le­ment et un net­toyage « au peigne fin » dont Michel est l’ambassadeur, ouvrir une telle voie est un tra­vail tita­nesque. Merci mes­sieurs, le plai­sir que nous avons eu à y grim­per est peut‐être à la hau­teur de la sueur que vous y avez déver­sé !

Escalade de longues voies dans le massif de Dedegöl en Turquie Yann Nussbaumer HelyumTroisième lon­gueur en 7a du « Grand vent…»

Escalade de longues voies dans le massif de Dedegöl en Turquie Yann Nussbaumer HelyumL’exceptionnelle dou­zième lon­gueur en 7a…

Michel avait repé­ré pour nous tout un sec­teur, au pied des longues voies, qui pou­vait accueillir quan­ti­té de mou­li­nettes (voies d’une lon­gueur) de qua­li­té. C’est l’occasion de mettre en pra­tique nos toutes jeunes connais­sances en matière d’équipement sur scel­le­ment. Contrairement aux « spits », qui sont des che­villes dont le vis­sage de l’écrou écarte les pannes au fond d’un trou per­cé, le scel­le­ment est une broche qu’on colle dans un trou per­cé. Ce type d’équipement à plu­sieurs avan­tages : très solide, aucun dévis­sage d’écrou pos­sible, dis­cret et durable. Michel n’équipe désor­mais plus que comme ça et son effi­ca­ci­té est trou­blante.

Le résul­tat est enthou­sias­mant : il y a désor­mais dix nou­velles mou­li­nettes de 40m. Ouvrir ses pre­mières longues mou­li­nettes aux Dedegöl, c’est comme faire sa pre­mière plon­gée sous‐marine aux Maldives. C’est presque un scan­dale !

Escalade de longues voies dans le massif de Dedegöl en Turquie Yann Nussbaumer HelyumDu sérieux mes­sieurs ! Tout le monde écoute atten­ti­ve­ment les conseils du « maître » en matière de scel­le­ment.

Escalade de longues voies dans le massif de Dedegöl en Turquie Yann Nussbaumer HelyumMise en pra­tique : per­cer, pla­cer le « remo­vable blot », grim­per puis per­cer à nou­veau, pré­pa­rer la colle, col­ler et lais­ser sécher. Tout un pro­ces­sus de longue haleine pour arri­ver à un résul­tat beau et solide. 

Escalade de longues voies dans le massif de Dedegöl en Turquie Yann Nussbaumer HelyumQuand Michel colle un broche, cela prend 3 minutes. Nous… un peu plus !

Après le « Grand vent…», Alex et moi nous sommes lan­cés dans une longue voie récente qui remonte une face dont la rai­deur du pro­fil nous fait bien rêver : Butterfly Project. Un orage d’une rare vio­lence nous a sur­pris au milieu de la voie et nous obli­ge­ra à la faire en deux fois : une vire per­met d’accèder à pied à la deuxième par­tie, par­cou­rue par consé­quent trois jours plus tard. De quoi ren­trer bien heu­reux de nos grim­pettes turques…

Escalade de longues voies dans le massif de Dedegöl en Turquie Yann Nussbaumer HelyumDans « Butterfly pro­ject » : cer­tai­ne­ment la plus belle longue voie dure des Dedegol (500m, 7b, 7a oblig.). 

Escalade de longues voies dans le massif de Dedegöl en Turquie Yann Nussbaumer HelyumSur le pilier final de « Butterfly pro­ject ».

Encore un immense mer­ci à Tafa, Michel et Adrien pour l’organisation sans faille de cette super semaine ! « Standing ova­tion » éga­le­ment pour toute l’équipe de Montis Expeditions : le camp de base était grâce à vous un havre de confort, de gas­tro­no­mie et de bonne humeur. Et mer­ci à tous les autres par­ti­ci­pants, Monica, Daniel, Olivier, Taffon, Alex, Jean‐Bernard (appellez‐le Jib’s si vous le croi­sez!), Christian, Lucas et Matthieu pour l’agréable ambiance ins­tau­rée tous ces jours durant. Bravo l’ARGM de per­mettre ce genre de for­ma­tion à vos membres. On prend les mêmes et on recom­mence l’année pro­chaine ?

Escalade de longues voies dans le massif de Dedegöl en Turquie Yann Nussbaumer Helyum

On reviendra…!