Le jour de notre fête nationale 2025, nous nous sommes offert le pilier sud de la Barre des Ecrins. Le récit d’une longue journée, riche en émotions.

Vue panoramique du Glacier Noir depuis le Pré de Madame Carle dans le massif des Écrins, par beau temps et ciel dégagé
Ici, le restant du glacier Noir, et au fond de la plaine glacière, notre point de départ le Pré de Madame Carle

En cette veille de 1er août, nous avons quelques jours devant nous. La météo n’est pas fameuse en Suisse mais un joli créneau se dessine dans les Ecrins. La proposition est faite à Elodie et, face à sa réponse très enthousiaste, nous voilà partis en direction du Pré de Madame Carle au-dessus d’Ailefroide dans le massif des Ecrins. Point de départ de cette ascension mythique.

Reste alors la grande question logistique : bivouac ou à la journée ?

La réponse de ma partenaire tombe sans hésitation : ” je n’ai pas envie d’avoir un sac lourd “. D’accord. Nous partirons légers, pour une très longue journée.

Il est en effet possible de faire un bivouac au Balmes de François Blanc (nombreuses places de bivouac avec de l’eau), mais cette option nécessite de revenir chercher le matériel après la course car la descente se fait dans une vallée parallèle.

A 1h du matin, le réveil sonne. Dur, comme toujours avant une grande course. Ce n’est pas les meilleures nuits… Après quelques tartines, nous quittons l’hôtel enfin notre bus aménagé. A 2h, c’est parti.

Deux heures de marche dans un épais brouillard pas des plus agréables, nous mènent jusqu’au glacier Noir et au pied de l’attaque. Le doute s’installe un instant face à cette ambiance opaque. Faut-il faire demi-tour avec ce brouillard ? Nous décidons de continuer. Avec le lever du jour, le temps finira bien par s’améliorer.

Cette première partie se déroule sans encombre, elle alterne sections grimpantes et progression en corde courte. Il faut se fier à son instinct pour l’itinéraire : ça passe plus ou moins partout.

Lever du jour dans le pilier sud de la Barre des Ecrins, au-dessus d'une mer de nuages
Nous voilà sortis du brouillard. Un soulagement pour notre cordée

Nous évoluons sereinement dans cette immensité de granite et combien de fois me suis-je posé la question : sommes-nous sur le bon itinéraire ? Impossible à savoir. Nous grimpons : corde courte, micro-longueurs, longueurs…. Et puis, youpi, un piton ! Nous sommes justes.

J’essaye de me mettre à la place de Jean et son épouse Jeanne Franco qui ont ouvert ce pilier sud de la Barre des Ecrins en 1944 !

L’ambiance est incroyable.

Alpiniste engagé dans le pilier sud de la Barre des Écrins, face à l’immensité de la paroi granitique en haute montagne
L’immensité de la face ! Nous allons au sommet tout au fond au centre de la photo

Nous passons la tour Rouge puis la tour Grise pour arriver au Bastion. C’est ici que commencent véritablement les difficultés de la course. Ce bastion comporte huit longueurs assez raide, dans le 5 / 5+ avec quelques pas de 6a. Du moins c’est mon ressenti en grosses chaussures.

Chaque prise est testée avec soin pour éviter d’envoyer un bloc sur notre partenaire de cordée. Et oui, dans les Ecrins, le caillou n’est pas des plus solides.

La sortie du bastion se fait par le fameux Miroir : une dalle lisse qui semble refléter la lumière jusqu’au fond de la vallée. Il signe la fin des difficultés.

Nous sommes désormais sortis des difficultés mais l’altitude se fait sentir. Nous sommes à 3800 m. De là, 300m de couloirs et d’éperons ruinés mènent au sommet de la Barre des Ecrins à 4102m.

Il est 15 h lorsque nous touchons la croix. Avec Elodie, les yeux humides d’émotion, nous nous serrons dans les bras.

Nous sommes venus à bout de ces 1100 m d’escalade !

Deux alpinistes au sommet de la Barre des Écrins, près de la croix sommitale, heureux après l’ascension d’une face mythique
Au sommet de la Barre des Ecrins 4102m après avoir gravi les 1100 m de rocher

Après une bonne pause au sommet, nous reprenons notre chemin par la voie normale de la Barre des Ecrins. C’est une arête rocheuse pas trop difficile. Puis en un rappel de 20 m, nous mène à la brèche Lory. C’est alors que commence la longue descente du Glacier Blanc. Nous passons devant le refuge des Ecrins, puis, un peu plus bas, devant le refuge du glacier Blanc.

Les jambes sont lourdes et pour être honnête nous avançons plus très vite…. Le rythme n’est plus celui de la montée

Vue du glacier Blanc sur la voie normale de la Barre des Écrins, itinéraire classique d’alpinisme en haute montagne
Le glacier Blanc s’étire sous la voie normale de la Barre des Écrins, itinéraire emblématique menant au sommet du massif.

Il est 20h lorsque nous arrivons au Pré de Madame Carle, où quelques bières fraîches nous attendent dans notre bus. Nous sommes heureux d’avoir accompli cette course de cette manière.

“Elodie, merci pour tout, la boucle est bouclée” Quelle aventure et quelle journée fantastique en montagne !