Le « Club des six » c’est six amis et col­lègues qui partent chaque année grim­per ensemble en dehors des sai­sons de guides. Composé de Xavier Carrard, Philippe Mailhot, Adrien Godat, Jérôme Gottofrey, Alexandre Gal et Yann Nussbaumer, ce groupe vous dit peut-être quelque chose : nous étions ensemble dans le Briançonnais, en Grèce et dans le Dévoluy. Et c’est à chaque fois un immense bon­heur de se retrou­ver les six pour grim­per… et bien se mar­rer ! Cette année : direc­tion le nord de la Norvège pour une semaine sur coin­ceurs dans les Îles Lofoten.

Ingrédients : un camp de base dans le fabu­leux vil­lage d’Henningsvaer, un mini bus, du soleil 24 heures sur 24, six jours de beau et du rocher de rêve. Résultat : un voyage extra­or­di­naire dont voi­ci le récit-topo, à tra­vers une sélec­tion des quelques voies incon­tour­nables que nous avons pu grim­per.

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Henningsvaer : un vil­lage sur les îles !

Vestpillaren
Beau tra­cé qui remonte direc­te­ment tout le pilier du Presten dans des fis­sures de rêve. C’est la clas­sique de la région : douze lon­gueurs sou­te­nues dans le 6a… mais du 6a « fis­sure » où il faut pro­té­ger toutes les lon­gueur et faire tous les relais sur friends et coin­ceurs. D’ailleurs, hor­mis quelques pitons rouillés dans Storpillaren et un spit dans une voie proche du sec­teur Gandalf (Silmarillion), nous n’avons pas vu un point d’assurage fixe dans les voies par­cou­rues durant ce voyage. C’est si beau de grim­per une voie vierge de tout maté­riel humain et de la lais­ser ain­si après notre pas­sage !
Grimpé par : Xavier, Philippe, Alex et Yann
Données tech­niques : 12 lon­gueurs, 450m, 6a max. Matériel : deux jeux de friends jusqu’au numé­ro 3, un jeu de coin­ceurs.
Descente : à pied, via le som­met du Festvågtinden.

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Alex dans le fameux « Slanting Corner ».

Storpillaren
Fabuleuse voie, longue et exi­geante, on l’appelle aus­si « Le pilier Bonatti nor­vé­gien » ! Et la course com­mence dès l’approche : plus de deux heures de cra­pa­hute dans un ter­rain très « casse-gueule», où on se demande à chaque mètre si on est au bon endroit. On a finit au pied de la voie, c’est le prin­ci­pal ! Les sept pre­mières lon­gueurs sont sou­te­nues et d’une beau­té excep­tion­nelle : c’est raide et phy­sique, mais tou­jours pro­té­geable. On aura rare­ment grim­pé des lon­gueurs en fis­sures aus­si belles. La suite est moins dif­fi­cile, mais plus « mon­tagne » avec du rocher moins com­pact et un final génia­lis­sime en ter­rain raide, her­beux et glis­sant ! Et comme toute grande course qui se res­pecte, la des­cente est longue, tech­nique et pas évi­dente à trou­ver. Au final, 16 heures fabu­leuses pour un iti­né­raire dont on se sou­vien­dra long­temps !
Grimpé par : Adrien et Yann
Données tech­niques : 16 lon­gueurs (+ un petit rap­pel et des sec­tions « mon­tagne», plus faciles), 600m, 7a max. Matériel : deux jeux de friends jusqu’au numé­ro 3, un numé­ro 4, un jeu de coin­ceur et des chaus­sures de mon­tagne (pour l’approche et la des­cente). Nous avons his­sé un sac dans les lon­gueurs tech­niques.
Descente : un pre­mier rap­pel ver­sant sud mène à un sys­tème de vires qui per­met de rejoindre le som­met du Vågakallen (allez au som­met, contrai­re­ment à ce qui est des­si­né dans le topo Rockfax); des­cendre ensuite sa voie nor­male ver­sant sud puis soit remon­ter au col sur votre droite et rejoindre Djupfjord, soit des­cendre jusqu’à la mer et rejoindre Kalle par la côte.

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On voit la ligne sur le pilier raide et évident au-dessus d’Adrien.

La pre­mière lon­gueur sérieuse de Storpillaren : le bon grim­peur est un grim­peur flem­mard !

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Au som­met, pano­ra­ma ori­gi­nal pour une longue voie alpine !

Høstgull
Cette voie a un carac­tère un peu dif­fé­rent des autres : sa zone cen­trale passe dans des sys­tèmes de dalles et il faut cher­cher à droite et à gauche de l’axe de grimpe pour poser les rares pro­tec­tions pos­sibles. Un esca­lade en finesse, dal­leuse, sur les pieds… et par­fois bien expo (pro­tec­tions très éloi­gnées). De quoi tes­ter les nerfs et le sens de l’itinéraire des grim­peurs ! La sor­tie sur le Pilier N-Ouest est splen­dide, dans un ter­rain plus mon­ta­gneux.
Grimpé par : Alex et Xavier
Données tech­niques : 13 lon­gueurs, 450m, 6b max (6b obli­ga­toire!). Matériel : deux jeux de friends jusqu’au numé­ro 3.
Descente : Suivre l’arête jusqu’au som­met prin­ci­pal (on prend sou­vent des vires rive droite pour reve­nir ensuite sur l’arête). S’il y a de la neige, cette sec­tion pour­rait être pro­blé­ma­tique. Du som­met des­cendre l’évidente rampe qui abou­tit au pied du col et qui vous per­met de rejoindre le che­min. Retour par le Djupfjord.

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Alex, en fric­tion sur une des dalles « run out » (peu de pro­tec­tions), 6b.

Himmelen kan vente
Des lon­gueurs magni­fiques, sur le pilier Presten. Un iti­né­raire moins direct et plus court que Vestpillaren mais, à notre avis, encore plus beau ! L2, L6 et L7 sont mar­quantes : l’une parce qu’elle n’est pas facile, l’autre parce qu’elle demande de la tech­nique de pied et un peu de moral, et la der­nière parce que des fis­sures pareilles, c’est trop beau ! Allez-y pour voir, on ne ment pas !
Grimpé par : les six !
Données tech­niques : 9 lon­gueurs, 300m, 6b max. Matériel : deux jeux de friends jusqu’au 4 et le numé­ro 6 (si si!) pour la deuxième lon­gueur.
Descente : à pied, via le som­met du Festvågtinden.

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Alex dans la deuxième lon­gueur.

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Xav’ au som­met du pilier Presten.

Merci c’t’équipe pour la constante bonne ambiance qui règne entre nous ! C’est pas fla­grant sur ces pho­tos, mais on s’est bien bidon­nés ! Xavier a mon­té une chouette vidéo sur ce séjour, allez y jeter un coup d’oeil.

Entre les voies en rocher et les lignes poten­tielles à ski, il y a de quoi faire aux Lofoten. On y retour­ne­ra !

Xav, Philippe et Yann