Le Cervin, un mythe de l’alpinisme. Un très belle course qui exige quelques sacrifices. Le récit de mes premières expériences formatrices sur ce sommet mythique.

 

Eh oui, il faut bien une première à tout. En septembre 2014, je montai pour la première fois sur le fameux Toblerone, par la face nord. Nous étions quatre, Yann, JulienJérôme et moi-même. Nous nous préparions pour partir au Népal. Les conditions étaient exceptionnelles. Après un bivouac sur les lieux de la construction de la nouvelle Hörnlihütte, une ascension parfaite malgré la perte d’un piolet dans les difficultés, nous sommes redescendus à Täsch à fond les manettes sur nos VTT. Deux jours d’anthologie où nous n’avons croisé presque personne.

Yann Nussbaumer et Alexandre Gal dans la face nord du CervinYann et Alex commencent à tirer des longueurs au début des difficultés

Au sommet du Cervin en 2014La fine équipe, de g. à dr. Julien, Yann, Alex et Jérôme au sommet

Cet été, avec Andrew, un client mexicain, je retourne au Matterhorn. Par la voie normale cette fois. Grâce à mon espagnol d’argentin, le courant passe très bien et beaucoup de monde, en nous croisant, croit avoir affaire à une cordée sud-américaine, l’argentin et le mexicain, on en rigole bien.

La montée au refuge se fait sur les chapeaux de roues, il faut bien de j’estime le pedigree de mon mexicain, je ne le connais pas! C’est un costaud, tant mieux.

Andrew Falasco face à l'accomplissement de son rêve, gravir le CervinMontée à la cabane Hörnli face au Cervin

En entrant dans la cabane, je m’annonce et cherche les fameuses Crocs. Eh ben que neni, elles se trouvent dans les dortoirs. C’est la première fois que je vois ça. Donc on monte en chaussures dans les petites chambres cosies, on met de la terre partout, ok. C’est la cabane la plus chère de Suisse mais on y a tout les droits, enfin presque.

Après une pause « lecture » dans un des coins salon-lounge, un apéro est servi pour les guides. Fameux! Petits fours et amuses-bouches de qualité. Peu avant le souper, on annonce un toast, enfin quelque chose comme ça, peut-être des infos sur  les conditions météo ou celles de la montagne?

Pas du tout, c’est en fait le règlement pour le lendemain. Je connaissais la rumeur, mais là, je la vis, en vrai. On nous annonce qu’un tel est le guide chef et que le lendemain matin, personne ne se lève avant lui du petit déjeuner et qu’ensuite tout le monde attend qu’il donne le signal du départ depuis l’intérieur de la cabane. Je ne savais pas que c’était une course au sens propre du terme!

Soit, le souper arrive, je rejoins Andrew, on plaisante, je lui raconte ce que j’ai vécu à l’apéro mais malheureusement cela n’améliore pas notre souper. Au prix de la demi-pension, nous pensions pouvoir manger autre chose que de la soupe lyophilisée, du poulet filandreux et de la purée en sachet. L’accomplissement de certains rêves implique des sacrifices.

Cette nuit-là mes collègues me gratifient d’un joli concert de ronflements et de pets; je suis heureux de pouvoir me lever. Je saute du lit, attrape mon sac et fourre mon nez dehors pour prendre connaissance du temps. Grand beau! A 4h du matin, le déjeuner ne dure pas trop longtemps, on est prêt à sortir de table mais le guide chef sirote encore son café-cabane, on attend docilement.

Enfin il se lève! Allez hop on y va! Et là, oh stupeur tout le monde commence à s’encorder dans la cabane. On se croirait au départ de la patrouille des glaciers. Les gens s’encouragent. Mais moi, comme un bleu que je suis, au réveil, en sortant, j’ai laissé mon sac dehors. Impossible de sortir le chercher. C’est le guide chef qui décide. Pendant ce temps un collègue-ami est lui enfermé mais dehors. Il attend dans le froid que la cohorte de guides zermattois veuillent bien daigner sortir.

Enfin le signal est donné. Mon copain, qui attendait dehors, se fait engueuler car il était dehors, la blague! Et moi je récupère enfin mon sac et ma corde. Arrivé à la première corde fixe forcément cela bouchonne un peu et du coup nous avons largement le temps de nous encorder.

Andrew Falasco face à l'accomplissement de son rêve, gravir le CervinBelles couleurs matinales, peu avant Solvay

Les premières corde fixes se passent en courant, eh oui derrière ça pousse, ensuite le rythme se calme. Le reste de la course se passe plutôt bien. Hormis quelques originaux, ah ces russes! Partis à 3 h du matin de Solvay nous les croisons quand ils finissent de tirer des rappels de 50m pour descendre. Et ce polonais en chaussures de trekking et crampons alu, seul avec un brin de corde dans son sac, un peu emprunté face au mur raide derrière Solvay.

Bref nous sommes en phase de terminer la section de cordes fixes quand déboulent les guides de Zermatt. Après avoir couru à la montée ils courent à la descente. Deux tours de corde autour des pieux d’assurage et boum, ils balancent leur client en bas, sans trop se soucier de ceux qui montent.

Andrew Falasco face à l'accomplissement de son rêve, gravir le CervinLa dernière section de cordes fixes qui mène au sommet

A nous d’être attentif! Heureusement ils sont rapides et ces moments désagréables ne durent pas.

Nous voici au sommet. C’est vrai que c’est beau. Autant la course que la vue, cela valait la peine. Après quelques selfies et vidéos, on attaque la descente. Malheureusement mon mexicain accuse un peu le coup et celle-ci va durer un peu plus longtemps que prévu mais nous attrapons quand même la benne et en fin de journée on s’en jette une petite face à la réussite du jour. Venu avec sa femme et leur jeune bébé, Andrew reste à Zermatt.

Nous nous quittons heureux en espérant nous revoir bientôt.

Dans le train qui me ramène à Täsch, je repense à ces deux jours. Quel folklore! Un vrai film tout ce qui se trame autour de cette ascension du Cervin mais le Matterhorn reste une belle montagne et sa voie normale est une jolie course.

Idéalement trouver un créneau peu fréquenté et pour cela éviter le boom de l’été!

Cabane Hörnli: Hörnlihütte