En automne 2019 je demande à Xavier de me réserver une semaine de son temps en été pour une semaine orientée « haute montagne ». Il finit par me trouver cette denrée rare dans son agenda surchargé et nous bloquons les dates du 13 au 19 juillet 2020.

Le man­dat est très simple : des courses de haute mon­tagne, rocher ou mixte dans les Alpes mais pas sur Chamonix … j’y ai trop traî­né mes guêtres, pas en Valais … j’y habite ! Au guide de trou­ver, choi­sir, orga­ni­ser et faire en sorte que la ligne soit belle et qu’à la fin de la jour­née je m’exclame : wouaw quelle magni­fique jour­née !

Le dimanche 12 en fin de jour­née, Xavier m’appelle, rendez-vous devant chez lui demain matin à 9h, avec un sac à dos com­pre­nant les affaires de grimpe, de mon­tagne, un duvet pour dor­mir en refuge (effet COVID), des habits et … des barres de céréales.

Lundi matin départ pour la France … on y le droit d’y entrer ! Youpie, au pro­gramme : l’éperon Nord de la Pointe d’Amont dans les Ecrins. Un peu de route et une mon­tée au refuge de la Selle sous un temps légè­re­ment cou­vert et agréable.

eperon nord de la pointe d'Amont. Magnifique itinéraire en D. Helyum.ch
Maud à la sor­tie de la belle lon­gueur en 5b du second res­saut de la pointe d’Amont.

L’Eperon Nord de la Pointe d’Amont, course en rocher cotée D, est une magnifique course d’arête à faire en « grosses » avec une petite marche d’approche confortable cette année au vu des névés encore présents. Départ mardi au lever du jour, arrivée à la base de l’arête en même temps que le soleil, bravo le guide pour le timing parfait.

L’escalade est ludique et facile, nous pro­gres­sons corde ten­due et effec­tuons quelques lon­gueurs dans les pas­sages les plus dif­fi­ciles, jamais plus que du 5b. Bon j’avoue avoir un peu gro­gné lors de la fameuse tra­ver­sée … et pas été tou­jours plei­ne­ment à l’aise sur l’arête som­mi­tale, moi ça va bien lorsque cela monte ou des­cend, mais les trucs à l’horizontale, ce n’est vrai­ment pas mon fort. Heureusement Xavier a su trou­ver les mots d’encouragement néces­saires et j’ai trou­vé énor­mé­ment de plai­sir lors de cette course de toute beau­té. En plus, il y avait foule sur cet iti­né­raire … juste nous ! Descente sur le refuge du Soreiller où nous avons été accueillis cha­leu­reu­se­ment par la gar­dienne et sa cui­sine très gour­mande.

Mardi soir j’ai dit : wouaw quelle magnifique journée !

Mercredi matin après une vraie bonne nuit de som­meil, nous chan­geons nos plans, au lieu de faire une voie dans la Dibonna, nous redes­cen­dons et par­tons pour Presles. La rai­son : une météo plus clé­mente sur le Vercors que dans les Ecrins. Car ce matin ça pince sec. Le guide orga­nise le trans­fert en voi­ture des Etages à Saint-Christophe en Oisans ou nous récu­pé­rons notre voi­ture. Un peu de route et arri­vée à Presles en début d’après-midi pour trois jour­nées d’escalade en falaise et avec une héber­ge­ment dans le Gîte entre Ciel et Pierres, véri­table havre de paix.

Désirée : voie d’escalade 5c obligatoire, 6b max. Nous utilisons une nouvelle ligne de rappel, mise en place par Bernard, guide et propriétaire du gîte avec son épouse Dominique. Deux magnifiques rappels en fil d’araignée, pour rejoindre la Baume qui coupe la voie en deux étapes distinctes.

Comme l’après-midi est déjà avan­cé nous n’allons faire que la par­tie haute de la voie. Une belle pre­mière lon­gueur tra­ver­sante sur la droite en 5c, c’est pour moi, je m’élance en tête, l’équipement est par­fait, les points bien pla­cés et nom­breux. Xavier enchaîne la suite plus dif­fi­cile, le rocher est super adhé­rant et je prends plai­sir à domp­ter ces dièdres magni­fiques. Je reprends le lead pour la der­nière lon­gueur en 5c, le ter­rain est plus végé­tal, je me bats un peu contre le tirage et fini par rejoindre la vire et cherche un moment le relai col­lé au pla­fond !

Retour au gîte pour un sou­per sur la ter­rasse après une séance de Slackline dans le jar­din.

Mercredi soir j’ai dit : wouaw quelle magnifique journée !

Jeudi matin après une excel­lente nuit, nous nous atta­blons à la table d’hôte pour un déjeu­ner copieux. Malgré le temps gris et humide (très humide selon moi…) nous par­tons à nou­veau sur le sec­teur du Fond du Cirque pour faire une autre voie « Même pas peur ». Selon le guide : dix lon­gueurs et tout à fait à mon niveau… Si j’avais seule­ment su ce qui m’attendait j’aurais encore plus pro­fi­té du déjeu­ner, quelle erreur !

Même pas peur à Presles. Une voie abordable. helyum.ch
Maud dans la par­tie médiane de Même pas Peur, au fond du cirque à Presles.

Même pas peur : voie d’escalade 6b+ max 6a 240m. Descente par les rappels de Torquémada, 4 rappels dans l’axe et à nouveau en fil d’araignée … une petite marche pour rejoindre le départ de la voie.

Xavier débute en tête par une courte lon­gueur en 6a+, c’est à mon tour en second et heu­reu­se­ment : sur les dix pre­miers mètres je me dis que tout va bien … ensuite une tra­ver­sée tout en bras et je sens déjà la fatigue. La deuxième lon­gueur en 6b+ est un cau­che­mar, un dièdre sur 15m tech­nique et ath­lé­tique, je me dis que je n’y arri­ve­rais jamais et nous en sommes qu’à la 2ème lon­gueur. Je rejoins Xavier au relai com­plé­te­ment déses­pé­rée, après avoir tiré sur les clous et posé les pieds sur les spit. De rage je fais la 3ème lon­gueur en tête un 5c avec un très joli final sur une dalle à trou. Ça va mieux, Xavier repart en tête pour la lon­gueur en 6a, très beau dièdre, j’adore. Je reprends la tête pour L5 en 5b, de grosses prises, un peu l’impression de grim­per dans des Verduro. Xavier enchaîne L6 en 5c, je repars pour L7 un 5c d’abord facile mais lou­voyant, cela fini par un pas plus dif­fi­cile un peu mor­pho juste sous le relais avec beau­coup de tirage dans la corde, je finis ma lon­gueur KO et j’arrive à peine à ava­ler ces fichues cordes pour faire mon­ter Xavier. Je laisse Xavier pas­ser devant pour le reste de la course.

J’ai grillé toutes mes car­touches et on com­mence à avoir beau­coup de vide sous les fesses. Le rocher qui se teinte de jaune est magni­fique, mais je suis fati­guée et à part quelques gor­gées d’eau prises à ma pipette j’ai rien man­gé, grosse erreur, je suis fati­guée et la moindre dif­fi­cul­té me semble insur­mon­table, mes pieds zippent, mes mains ne trouvent plus les prises et il faut toute la patience de Xavier et sur­tout ses bons conseils et encou­ra­ge­ments pour que je ter­mine fina­le­ment cette voie. J’ai furieu­se­ment l’impression qu’elle fait 12 lon­gueurs ! Il est 17h je suis affa­mée et exté­nuée, mais je retrouve le sou­rire après une ou deux barres de céréales.


Le retour à pied au gîte fait du bien à mes orteils qui ont soufferts de leur journée compressés dans les chaussons. Une bonne douche bien chaude, un peu de méditation et je rejoins la table d’hôte pour une très belle soirée, Dominique nous a cuisiné des bruschetta à faire pâlir les italiens et un gigot d’agneau … miam miam.

Jeudi soir je m’effondre dans mon lit et je me dis : wouaw quelle journée !

Vendredi matin le temps est tou­jours au gris, mais il ne bruine pas. Mes pieds vont mieux et Xavier décide d’aller sur une autre par­tie de la falaise. Pas de rap­pels ver­ti­gi­neux aujourd’hui, ça c’est une bonne nou­velle. Dans le pre­mier sec­teur de la falaise prin­ci­pale, proche de la route, nous par­tons pour la voie d’Eliane. L’accès se fait par un che­min depuis la route qui longe sous la falaise, une remon­tée un peu raide dans des ébou­lis (cordes fixes) et nous voi­ci à pied d’œuvre.

Même pas peur à Presles. Secteur du fond du cirque
Ambiance Magnifique dans le haut de Même pas peur. Une voie abor­dable de Presles.

La voix d’Eliane : voie d’escalade 5c, 6a max 150m. La voie est ancienne et certaines prises sont bien patinées, je sens encore la fatigue des deux jours précédents et laisse Xavier partir en tête sur les deux premières longueurs. La première longueur est dans l’axe, certaines prises sont bien patinées.

L2 part sur la droite avec une tra­ver­sée sous un petit toit, il faut mon­ter assez haut et tour­ner autour d’un bom­bé avant d’attaquer à nou­veau la mon­tée, mer­ci la dégaine. L3 départ par un petit mur bien raide et une prise un peu haute pour moi, je suis en tête et comme je ne veux pas retom­ber sur la plate-forme je choi­si l’efficacité d’un tire-clou. Le reste de la lon­gueur est moins ath­lé­tique. L4 une superbe lon­gueur en 6a sur un pilier très esthé­tique, un vrai grand bon­heur, le rocher est aus­si meilleur. L5 sur la fin du pilier, puis esca­lade facile jusqu’à la vire ou Xavier a fait un relai sur un arbre. Pour rejoindre R6 une tra­ver­sée sur la vire que je fais en tête, super facile, il faut aller très à droite pour ne pas prendre la voie des fouines ou Jeux de cirque. L6 un départ bien tire-bras, la suite plus facile avant un pas en 6a. La der­nière lon­gueur qui n’est n’ai pas vrai­ment une per­met de rejoindre le sen­tier et peut être faite en grosses et corde ten­due.

Après cette jolie esca­lade, nous repas­sons par le Gîte pour dire au revoir aux pro­prié­taires et repre­nons la route pour Pralognan en Vanoise, non sans oublier de pas­ser man­ger une glace à Pont et don­ner à boire à la voi­ture. Nous arri­vons en fin de jour­née à Pralognan, trou­vons un hôtel pour la nuit et pro­fi­tons d’un excellent repas le soir dans la sta­tion. Xavier a mal à la tête il a man­gé trop de des­serts !

Vendredi soir j’ai dit : wouaw quelle magnifique journée !

la voix d'Eliane à Presles. Helyum.ch
Maud dans la Voix d’Eliane

Samedi c’est la grasse mat’, ensuite un déjeu­ner gar­gan­tuesque à l’hôtel avant de par­tir se bala­der dans la sta­tion. A midi nous man­geons avec des amis à Xavier qui vont très gen­ti­ment nous offrir le ser­vice de taxi pour Champagny. Une mon­tée très tran­quille au refuge de la Glière, moins de 2h sur un che­min de ran­don­née. Il fait beau et chaud, nous pro­fi­tons des com­mo­di­tés du refuge refait à neuf. L’endroit est très calme et repo­sant, des mar­mottes et des poules fré­quentent la pelouse devant le refuge. Le soir nous man­geons comme des papes, une polen­ta cré­meuse à sou­hait et un crumble aux pommes … divin. J’ai essayé de piquer celui de Xavier en arguant qu’il aurait mal à la tête … échec com­plet.

Samedi soir j’ai dit : wouaw quel magnifique repas !

Dimanche, debout avant 4h, nous pre­nons notre petit déjeu­ner que la gar­dienne a pré­pa­ré pour nous. Départ de nuit à tra­vers champs pour la Grande Glière, nous redes­cen­drons par la voie nor­male sur Pralognan.

L’éperon Nord-Est de la Grande Glière : C’est une course trop peu connue. Mais comme la pointe d’Amont, elle mériterait vraiment de sortir de l’ombre ! Difficile, vous me direz pour une orientation Nord-Est !

Nous che­mi­nons de nuit à tra­vers champs pour rejoindre le départ de l’arête, après 1h30 de marche nous met­tons les cram­pons, il y a encore un beau névé pour finir l’approche, tant mieux se sera beau­coup plus confor­table. A 7h nous atta­quons l’arête, le soleil est un peu plus haut et rapi­de­ment nous trou­vons le rocher réchauf­fé par les pre­miers rayons. Je trouve la pre­mière par­tie dif­fi­cile, mais c’est juste que je ne suis pas encore dans le bain dit Xavier, il faut faire à nou­veau confiance aux grosses. Rapidement je retrouve mes marques et nous pro­gres­sons sur l’a­rête avec quelques jolies lon­gueurs et de beaux pas­sages en corde ten­due. Les points fixes (spit) sont judi­cieu­se­ment posés et Xavier rajoute quelques pro­tec­tions sup­plé­men­taires. Je le suis avec bon­heur et enthou­siasme. Nous pro­fi­tons d’une belle ter­rasse avec vue sur le Mt-Blanc pour boire et man­ger une barre de céréales avant de repar­tir. Il fait grand beau, le rocher est magni­fique, que du plai­sir. Pour les der­niers mètres nous chaus­sons les cram­pons car un gros névé couvre la der­nière par­tie de la face N. Nous arri­vons au som­met à 10h30, 2 cor­dées sont déjà là ayant fait la voie nor­male. Une petite pause avant d’embrayer la des­cente. Une déses­ca­lade facile avant de rejoindre le gla­cier pour une des­cente confort jusqu’à la moraine. Ensuite nous retrou­vons la foule et le sen­tier de ran­don­née qui rejoint Pralognan. Il est à peine 14h lorsque nous arri­vons à la voi­ture, j’ai un peu mal aux pieds et les genoux qui sifflent, mais c’était tel­le­ment beau là-haut.

L'arête Nord-Est de la Grande Glière. helyum.ch
L’arête Nord-Est de la Grande Glière.

Je suis bien contente que les amis de Xavier nous aient offert le ser­vice de taxi, car cela nous évite de retour­ner à Champagny cher­cher la voi­ture et sur­tout ils nous l’ont lais­sée aux Fontanettes, ce qui rac­cour­ci un peu la des­cente.

Retour sur la Suisse, un peu de tra­fic, Xavier peste à la douane car il y a 10min d’attente, il a déjà pes­té au péage pour 5 minutes ! C’est drôle comme il peut avoir de la patience pour m’aider en mon­tagne ou sur une falaise et aucune lorsqu’il est au volant ! Allez com­prendre la nature humaine. Nous finis­sons par arri­ver, je le dépose et conti­nue sur le Valais.

Dimanche soir j’ai dit : wouaw quelle semaine ! eEt me suis effondrée sur mon lit jusqu’au lundi matin.

En résumé une magnifique semaine, de très beaux souvenirs, de bons moments de partage et surtout, mais surtout, aucune prise de décision pour moi, le panard complet. Enfin ce n’est pas vraiment exact, j’ai dû décider le parfum de ma glace à Pont ! C’est ça le bonheur de prendre un guide … et ça en vaut largement la peine. Merci Xavier pour ton incroyable travail et accompagnement tout au long de cette semaine.

Maud

Eperon nord-est de la Grande Glière, helyum.ch
Maud dans le haut de l’é­pe­ron nord-est de la Grande Glière.